Final.png

Le décès du Prof. Michel Bélorgey, membre du Conseil du GIS-HED2


Le GIS-HED2 et les chercheurs français en hydraulique et mécanique rendent l'hommage à Michel Bélorgey

Michel Bélorgey, tout juste diplômé de l’ENSET, professeur agrégé de Mécanique va exercer ces premières activités en enseignement au lycée Blaise Pascal[1] à Rouen, ville qu’il ne quittera plus par la suite. C’est dans ce lycée qu’il démontre toutes ses qualités de pédagogue motivant les lycéens pour la Mécanique au sens large… mais le jeune professeur est déjà attiré par une autre activité : la recherche. Il mène alors de front son activité d’enseignement et ses travaux de recherche à l’Université de Rouen qu’il rejoindra après l’obtention de sa thèse dans le domaine de la Physique.

De l’université de Rouen, naîtra l’Université du Havre, qui dépendra administrativement (période de 1967-1984) de Rouen jusqu’à sa création en 1984. C’est durant cette période que Michel Bélorgey, professeur des Universités, va rejoindre l’Université du Havre au sein de l’UER des sciences et techniques. Et s’il a en charge des activités lourdes en administration et en enseignement, il a une seule obsession, la création d’un laboratoire de mécanique des fluides, le LMF du Havre. D’abord installé dans un hangar aménagé à Caucriauville, son premier canal à houle prend place avec les instrumentions indispensables aux travaux de doctorat et aux contractuels qu’il entreprend. A l’étroit et dans des conditions de travail difficiles, il travaille alors à une solution de transfert et d’accueil, le laboratoire part quai Frissard. Le LMF se voit ajouter deux lettres GC signifiant Génie Civil avec l’arrivée d’une équipe complémentaire[2] Cette complémentarité était justifiée par les recherches menées par Michel Bélorgey dont une partie de plus en plus conséquente intéressait les ouvrages de génie côtier. De par un fort développement des activités en recherche de ce LMFGC, Michel Bélorgey œuvre pour une reconnaissance du laboratoire auprès du CNRS comme UMR. Il prépare le dossier mais las des complexités administratives locales, il part dans une UMR, le laboratoire M2C (Morphodynamique Continentale et Côtière) de Caen avec toujours la ferme intention de constituer une équipe de recherche[3] en mécanique des fluides dont l’activité est résolument tournée vers le génie côtier. Il installe de nouveaux canaux à houle et instrumentations de pointe, poursuit et développe ses activités de recherche en parfaite continuité de celles du Havre. Il laissera le laboratoire pour une retraite à l’âge légal voulu par l’université sans pour autant arrêter ses activités de chercheur et d’expert.

Michel Bélorgey a pleinement consacré sa vie à la recherche fondamentale et appliquée en mécanique des fluides (énergétique, écoulements, turbulence, interactions fluides-structures, transport sédimentaire, chute de particules, couche limite, ouvrages côtiers (digues, digues à paroi perforée, caisson Jarlan, quais, pieux verticaux et horizontaux, … ), structures flottantes, techniques de mesures et instrumentation, modélisation expérimentale, ...). Ceci s’est traduit par un nombre de thèses impressionnant dont certaines font toujours référence, de nombreuses publications et communications sous formes diverses, rapports industriels et d’expertise, de dépôts de brevets…. Mais ces travaux ont permis à Michel Bélorgey d’acquérir une reconnaissance nationale mais aussi internationale qui l’ont conduit à intégrer des groupes de recherche (Groupe de laboratoires de mécanique des fluides dit groupe de Santander, Euromech) et à participer à de nombreux projets européens (Marine Science and Technology Programmes MAST I-III).

Michel Bélorgey, pédagogue confirmé, a par ailleurs contribué à l’évolution de l’enseignement de la mécanique des fluides et de ses applications, à la mise en place de filières diplômantes en relation avec la recherche comme avec les milieux professionnels (DESS, DEA, Masters…). Ces masters se poursuivent tant à l’Université du Havre sous l’appellation « génie portuaire et côtier » qu’à l’Université de Caen intitulé « Ingénierie et Géosciences du littoral ». Il est à l’origine des Journées Nationales de Génie Côtier et Génie Civil (JNGCGC) créées en 1990[4], à l’Université du Havre qui perdurent ; celles de 2020 programmées de nouveau au Havre contiennent une de ses dernières contributions[5].

Michel Bélorgey était un passionné de la recherche, un infatigable chercheur. Il a passé de longs moments de sa vie au laboratoire pour la recherche mais il a aussi consacré de nombreuses heures à ses chercheurs, ses collègues et visiteurs, pédagogie oblige.


[1] C’est dans ce lycée, qu’il a comme élève en classe de première, un certain, Daniel Levacher. [2] Daniel Levacher sera nommé professeur des universités en 1993 suivi par la nomination de Claude Louis. [3] Dan Nguyen, professeur pour la partie modélisation numérique est en poste à Caen, puis se succèdent les arrivées des professeurs Daniel Levacher (génie civil) et Alexander Ezersky (mécanique des fluides théorique). [4] Journées inter-universitaires en Génie Civil et Génie Côtier, appelées JNGCGC, créées par les professeurs M. Bélorgey, A. Grovel et D. Levacher. [5] « La notion de quantité de mouvement : Son influence dans la prise en compte des actions de la houle Partie A - Effet de claque d'une vague sur une paroi verticale Partie B - Écoulements générés par la houle au sein de fonds sableux », doi:10.5150/jngcgc.2020.004


Par Frédéric Murzyn, Enseignant/Chercheur (Docteur et HDR), Responsable de la filière Navale à l’ESTACA (Ecole Supérieure des Techniques Aéronautiques et de Construction Automobile)

Michel Bélorgey était professeur de mécanique des fluides, passionné par l’enseignement et la recherche. Notre première rencontre remonte à l’année scolaire 1995/1996. Jeune étudiant en licence de physique appliquée à l’université du Havre, j’ai tout de suite été passionné par ses cours, son approche pédagogique et concrète des problèmes, en particulier en lien avec le domaine côtier. J’ai vite senti que ce domaine allait me plaire ! Cela s’est confirmé en maîtrise et c’est donc avec un vrai enthousiasme et une réelle motivation que j’ai accepté son offre de stage en 1997 au LMFGC (et sa fameuse sirène). Ayant grandi au bord de la mer, travailler sur « le déferlement des vagues des plages de faibles pentes » dans le « canal orange » équipé de son système LDV était une opportunité à ne pas rater. C’est aussi à cette occasion que j’allais entendre parler pour la première fois de Poseidon, entre autres ! Le début d’une belle aventure dans le monde de la recherche. Je ne le savais pas encore mais cette rencontre allait me marquer pour de très nombreuses années ! C’est ainsi que, de fil en aiguille, je l’ai retrouvé en DEA Energétique et Aérothermochimie au CORIA à Rouen. Entre temps, le LMFGC quittait Le Havre pour s’installer au sein du laboratoire M2C à Caen. Je suivais dans les valises, toujours aussi motivé pour le stage de fin d’études qu’il m’avait proposé ! Et puis, ce qui me paraissait encore inaccessible quelques mois auparavant est devenu réalité… la thèse ! Michel s’est beaucoup investi pour trouver le financement auprès de la région Basse-Normandie en particulier… Beaucoup de discussions ensemble pour trouver le bon sujet. Au final, 2 mots clés : « ondes » et « turbulence ». Deux mots que je l’ai toujours entendu prononcer dans les couloirs, en conférence ou en cours. De cette période, je conserve d’incroyables souvenirs : de la reconstruction de son canal à houle orange redimensionné auquel une composante « courant continu » a été ajouté, à l’installation du nouveau canal bleu, de mon premier voyage en avion avec Michel en direction de l’Allemagne pour le lancement d’un projet européen, à nos innombrables échanges dans son bureau en passant par ses croquis à main levée pour expliquer tel ou tel phénomène. Je le revois encore m’expliquer le rôle de l’accélération sur les structures turbulentes en faisant des manivelles avec ses mains… Grâce à lui, j’ai eu l’opportunité d’aller à plusieurs reprises présenter nos résultats sur des conférences, de rencontrer diverses personnes que je côtoie encore aujourd’hui… Apprendre son décès m’a sincèrement bouleversé, profondément ému. Je suis conscient que je lui dois énormément, comme beaucoup d’autres étudiants. Il m’a transmis des valeurs, des émotions, de la passion. Si je fais le même métier que lui aujourd’hui, il est évident qu’il n’y est pas étranger, son influence a été grande. Même après mon départ de Caen pour l’Angleterre, nous avons toujours gardé le contact malgré la distance, par mail le plus souvent, par téléphone parfois. Toujours un mot gentil pour la nouvelle année, pour un nouvel article publié…. En 2019, pour mon habilitation à diriger des recherches à Rouen, lui demander de faire partie de mon jury était pour moi non seulement une évidence mais aussi dans mon esprit, une façon de le remercier encore une fois pour le rôle qu’il a joué dans mon parcours ces 25 dernières années. Le 31 janvier 2019, ce fut donc l’occasion de nous revoir en présentiel, d’échanger ensemble de vive voix, une dernière fois. Au CORIA symboliquement. Je n’oublierai pas ses mots ce jour-là, toujours bienveillants à mon égard. De vraies valeurs humaines. Au travers de cet échange, j’ai aussi pu m’apercevoir que sa passion pour la mécanique des fluides ne l’avait pas quitté, loin de là ! Aussi, je n’ai pas été surpris de lire son article en 2020 sur la notion de quantité de mouvement et son rôle dans les actions de la houle. Michel était une de ces personnes qui vous marquent, académiquement, professionnellement et humainement. Et puis, nous partagions également un profond attachement à la Normandie et à la Seine Maritime en particulier. J’ai toujours eu un très grand respect pour lui et une très grande reconnaissance. Aussi, en cette période empreinte d’émotion, je ne peux que lui redire avec une vraie sincérité ce que j’avais déjà eu l’occasion de lui dire de vive voix : merci, merci pour tout, Michel.

Par Rafik Absi, Professeur-chercheur (HDR) / Laboratoire QUARTZ (EA 7393), ECAM-EPMI, 13, Bd de l'Hautil - 95092 Cergy-Pontoise Cedex

J’ai rencontré Monsieur Michel Bélorgey, la première fois, fin 1995 au CORIA à Rouen. J’étais étudiant en DEA et il nous faisait le cours « onde et turbulence ». C’était un professeur sympathique, souriant et chaleureux, il nous parlait avec passion de son canal à houle au Havre. J’ai commencé ma thèse sous sa direction d’abord au Havre pour quelques mois avant de le suivre à Caen. Monsieur Bélorgey était quelqu’un de passionné.

Je peux dire que pendant ma thèse, « il m’a jeté à l'eau pour apprendre à nager ». C’est une méthode particulière, qu’on peut qualifier de binaire qui n’a pas d’autre issu que « réussir ou couler ».

Quoi que l’on puisse dire, cette manière de manager m’a permis d’apprendre à travailler en totale autonomie.

Je lui suis reconnaissant de m’avoir accepté en thèse et de m’avoir intégré à un environnement qui m’a permis de m’initier à la recherche.

Je lui suis redevable, c’est grâce à lui que je suis devenu Docteur.

Qu’il repose en paix